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Une agriculture... sans paysans ? L'exemple du secteur laitier européen

Le titre de cette étude se veut provoquant. Comment, en effet, oser imaginer une agriculture sans paysans ? C’est que partout dans le monde, à des rythmes et des degrés divers selon les régions, les paysans s’endettent, sont de plus en plus marginalisés et disparaissent massivement.

En région wallonne, le nombre d’exploitations agricoles et horticoles est passé de 37.800 en 1980 à 21.500 en 19991. En Belgique, de 61.705 en 2000 à 49.307 en 20062. Des 570.000 exploitations agricoles que comptait la France en 1988, plus de 200.000 avaient disparu en 2003, au rythme moyen d’environ 3,5 % par an3. Dans l’ensemble des pays développés, le nombre d’exploitations agricoles existantes au début du XXème siècle a été divisé par quatre en cent ans.

Les paysans des pays en développement ne sont pas en reste. Ils constituent la majorité des 1,2 milliard d’individus vivant avec moins de 1 dollar par jour. Leur précarité contraint fréquemment leurs familles à rechercher des sources de revenus à l’extérieur de l’exploitation, de manière temporaire ou permanente. Lorsque les revenus extérieurs ne suffisent plus à garantir la survie de la famille, celle-ci est condamnée à l’exode vers les villes ou à travailler dans de grandes exploitations agricoles, souvent dans des conditions très pénibles et dégradantes5.

Les raisons présidant à l’endettement, la marginalisation et la disparition progressives des paysans sont évidemment multiples. Les baisses de prix réels phénoménales intervenues depuis des décennies pour l’ensemble des produits de base agricoles6, l’instabilité croissante des marchés et les inégalités foncières en sont quelques-unes. La mise en concurrence forcée d’agriculteurs aux écarts de compétitivité naturelle très élevée ou l‘exportation de produits à des prix inférieurs aux coûts de production, en sont d’autres. Un facteur joue néanmoins un rôle prépondérant : le déséquilibre flagrant des rapports de force entre acteurs de filières agroalimentaires. C’est à partir de là qu’il faut comprendre pourquoi l’industrie semencière, l’industrie de transformation ou la grande distribution sont à même d’imposer leurs conditions d’approvisionnement aux paysans (en matière de prix, de délai de livraison,…), ou d’influencer à leurs avantages les orientations des politiques agricoles. C’est à partir de là qu’il faut comprendre pourquoi les paysans, dont les intérêts sont souvent contraires à ceux de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution, sont chaque jour un peu plus victimes d’une dynamique de marchés agroalimentaires qui leur échappe et les exclut.

C’est avant tout à cette marginalisation des agricultures paysannes que cette étude se consacre, en concentrant son propos sur l’exemple du secteur laitier européen.